Copyright 1996 par Robert Hand
(info@robhand.com)
Introduction
Le matériel présenté ici était à l'origine
une introduction que j'ai rédigée pour un
livre de traduction intitulé The Record of the Early
Sages in Ancient Greek dans le cadre du Project
Hindsight.
Le livre était composé de
fragments et de citations qui remontent directement aux
plus anciennes sources de l'astrologie du Moyen Orient
et de l'Occident, ou se voulait des paraphrases du matériel
tiré de ces sources. Au moment de la rédaction
originale de cette version de l’article, le forum
de discussion alt.astrologie venait de publier un article
intitulé "A brief introduction to the History
of Astrology" (Brève introduction à l'histoire
de l'astrologie) qui contenait, selon moi, un grand nombre
d’erreurs factuelles. J'ai donc pensé qu’il
serait bon de présenter un point de vue différent.
Nous ne nous attendons pas à ce que tous acceptent
les idées présentées dans cet article,
mais les lecteurs devraient savoir que ces idées
se rapprochent de celles partagées par la plus grande
partie des bons historiens de l'astrologie. (Non, je ne
traite pas d'irresponsables tous ceux qui ne partagent
pas ces idées, bien qu'il s'en trouve sûrement
quelques-uns parmi eux).
Ayant participé à un programme exhaustif de
traduction d'anciens textes astrologiques en anglais moderne,
et continuant ce travail avec l'ARHAT (Archives pour la récupération
de textes astrologiques historiques), je pense donc savoir
de quoi je parle tout en reconnaissant que la science occidentale
devra peut-être changer ses idées (et moi les
miennes) selon ce que les futures recherches nous révéleront.

Compte-rendu
Le compte-rendu que je présente ici est tiré principalement
des sources académiques ordinaires, bien que je formule également
certaines hypothèses là où il n'existe
aucune preuve concluante. Je n'offre pas ces hypothèses
partout pour le plaisir de la chose, mais seulement là où des
preuves internes semblent les justifier. Elles seront de
plus toujours accompagnées d'indications claires qu'il
s'agit bien de conjectures.
D'un autre côté, parce que nous avons puisé à des
sources académiques occidentales, certains pourraient
faire valoir que cet article ne tient pas compte des idées
différentes que l'on pourrait tirer, par exemple,
de l'étude des astrologies de l'Inde. Ce pourrait être
là une objection valable, mais nous aimerions rassurer
le lecteur que nous n'acceptons pas d'emblée les positions
académiques sur l'histoire de l'astrologie. Nous tentons
de n'accepter que ce qui est conforme aux preuves internes
des textes eux-mêmes. Nous reconnaissons de plus que
ce que nous disons ici ne doit pas être tenu pour définitif.
Il y a beaucoup à apprendre sur l'histoire de l'astrologie,
surtout qu'elle est désormais soigneusement étudiée
par des personnes qui n’y sont pas hostiles.
En nous basant sur ce qui précède, cet auteur
soutient que l'astrologie telle que nous la connaissons n'a
pris naissance qu'à un moment et qu'à un endroit,
cet endroit étant la Mésopotamie (correspondant à peu
près à l'Iraq moderne) et ce moment faisant
l'objet d'une discussion ci-dessous. Ceci dit, nous devons
clarifier un autre point; ce que nous entendons par "l'astrologie
telle que nous la connaissons" est l'astrologie horoscopique,
c’est-à-dire l'astrologie qui permet de déterminer
des moments favorables pour faire des choses, de répondre à des
questions, de prédire des événements
et d'analyser la destinée individuelle, tous des éléments
basés sur un instrument étrange, soit le thème,
la genèse ou la carte du ciel. Cette carte a de plus
un degré ou un signe particulier qui marque le point
de départ de l'analyse. Il s'agit en général
du degré ou du signe ascendant, bien que le Soleil,
la Lune ou la Part de Fortune puisse également être
utilisé(e) à des fins particulières.
Nous offrons cette définition très spécifique
de l'astrologie telle que nous la connaissons parce que,
dans un sens large, l’astrologie, sous une forme ou
une autre, est presque universelle chez les peuples anciens
et son origine n'est pas cantonnée à un moment
ou à un endroit précis. Presque tous les anciens
peuples possédaient une méthode pour observer
les cieux à des fins divinatoires. Les autochtones
américains, les Grecs (longtemps avant de connaître
l'astrologie de la Mésopotamie), les peuples de l'Inde,
le peuple, quel qu'il soit, qui a construit Stonehenge et
NewGrange dans les Îles britanniques, et les anciens
peuples nordiques, pour ne nommer que ceux-là. Une
bonne partie de la controverse sur l'âge des diverses
astrologies de ces peuples provient de la confusion qui existe
sur ce point même. L'étude des signes célestes
ne constitue pas l'astrologie telle que nous la connaissons.

Origines
mésopotamiennes
La Mésopotamie, cette "terre entre les deux
rivières", est un des présumés "berceaux" de
la civilisation, avec l'Égypte, la Chine et la Vallée
de l'Indus. Elle semble être l'un des plus vieux de
ces berceaux. Des signes montrent une civilisation urbaine
qui remonterait aussi loin que 4000 ans avant notre ère.
Le premier peuple de cette région était connu
sous le nom des Ubaidiens. Nous ne connaissons à peu
près rien d’eux, sauf qu'à une époque
très ancienne, un autre peuple s’est installé dans
la région et les membres des deux peuples ont commencé à se
marier entre eux. Il s'agissait des Sumériens, qui
furent bientôt dominants et dont la langue a remplacé la
langue des Ubaidiens. Les Sumériens inventèrent
la plus vieille forme d'écriture connue, les cunéiformes,
qui sont produits en pressant des coins dans de l'argile
molle.
Plus tard, les peuples sémites ont commencé eux
aussi à s'installer dans la région. Le premier
de ceux-ci était les Akkadiens, concentrés
autour de leur ville d'Akkad. Vers environ 2330 avant notre ère,
Sargon d'Akkad a conquis les Sumériens et constitué le
premier de plusieurs empires sémites qui allaient
dominer non seulement la Mésopotamie, mais également
la côte méditerranéenne et, éventuellement,
l'Égypte elle-même. La langue des Akkadiens était
l'ancêtre direct des langues d'Assyrie et de Babylonie,
ces dernières étant en fait des dialectes de
l'akkadien.
L'empire akkadien est tombé vers 2218 avant notre ère.
Ensuite, divers peuples, sémites et autres, ont lutté pour
le contrôle de la région. De fait, cette lutte
constante entre les peuples souligne la différence
importante entre la civilisation mésopotamienne et
celle de l'Égypte. L'Égypte a connu plusieurs
siècles de paix relative marquée de périodes
occasionnelles de perturbation, mais rien de comparable au
chaos de la Mésopotamie.
Plus tard, au cours du second millénaire avant notre ère,
deux peuples ont commencé à assumer le contrôle,
les Babyloniens au sud, qui avaient dominé la culture
pendant plusieurs siècles, et les Assyriens au nord.
En bout de compte, bien que les deux peuples aient dominé par
moments sur le plan politique, on peut dire que les Assyriens
dominaient en général sur le plan politique
tandis que les Babyloniens dominaient sur le plan culturel.
Les Assyriens utilisaient même un dialecte babylonien
de l'akkadien pour leurs propres registres officiels.
Voici des dates importantes de l'histoire mésopotamienne à compter
de cette époque. Toutes les dates ont été converties
en notre système moderne de chronologie. Toutefois,
même dans les sources modernes, ces dates varient.
Les dates ci-dessous sont tirées de la version 1994
de Encarta de Microsoft.
1792-1750 avant notre ère. Hammourabi
unifie la région autour de Babylone.
1350 avant notre ère. Montée
de l'empire assyrien.
730-650 avant notre ère. L'empire
assyrien couvre toute la Mésopotamie, des parties
de la Perse, de la Syrie, de la Palestine et de l'Égypte.
Il vaut la peine de noter que l'Égypte et Babylone
sont sous le même régime pour la première
fois.
612 avant notre ère. Chute de
l'Assyrie et montée du second empire babylonien.
Le peuple babylonien qui entraîna cette montée était également
connu sous le nom de Chaldéens, d'où l'expression
Empire chaldéen.
539 avant notre ère. Conquête
de la Babylonie par la Perse. Pour la deuxième fois,
l'Égype et Babylone sont sous le même régime.
331 avant notre ère. Conquête
de la Mésopotamie par Alexandre le Grand. Toute
la région est dominée par la langue et la
culture grecques. La dynastie séleucide était
composée des descendants de Séleucos, un
général d'Alexandre, qui gouverna sur une
région qui incluait la Mésopotamie.
126 avant notre ère. Les Parthes,
une tribu perse, conquièrent la Mésopotamie.
227 E.C. - Les Sassanides, un peuple de la région
centrale de la Perse, renversent les Parthes et fondent le
deuxième empire persan ou l'empire sassanide.
635 E.C. - Les Arabes musulmans renversent l'empire sassanide.
La Mésopotamie tombe sous la règle de divers
califes.
Avant de discuter de l'évolution de l'astrologie et
de la région où cette évolution s'est
déroulée, permettez-moi de présenter
une chronologie similaire pour l'Égypte.
3200 avant notre ère - Premiers signes de grandes
forces politiques dans le bassin du Nil. Les premiers hiéroglyphes
font leur apparition. Il y a des indices qu'une culture assez
développée dans la région est antérieure
de plusieurs siècles à ces signes.
c.2755-2255 avant notre ère - Le Vieux Royaume. Les
pyramides remontent à cette époque. Le premier
calendrier solaire est mis au point.
c.2255-2134 avant notre ère - Interrègne.
c.2134-1668 avant notre ère - Le Royaume intermédiaire
c.1668-1570 avant notre ère - Second interrègne.
La période des Hyksos, une race probablement sémite
qui a dominé l'Égypte pendant cette période.
1570-1070 avant notre ère - Le Nouveau Royaume. C'est
l'époque des Rois Amenhotep, Akhnaton, Toutankhamon
et des divers rois Ramsès. On croit que l'exode des
Israélites s'est déroulé pendant cette
période.
1070 - 671 avant notre ère - Troisième interrègne.
Diverses dynasties régionales ont gouverné.
En 671 avant notre ère, les Assyriens ont conquis
l'Égypte pendant un moment.
525 avant notre ère - Les Perses renversent le dernier
gouverneur indigène de l'Égypte.
332 avant notre ère - Alexandre le Grand conquiert
l'Égypte. Le pays tombe ensuite sous la règle
des Ptolémées, descendants de Ptolémée
I, un autre des généraux d'Alexandre.
30 avant notre ère - Cléopâtre, la dernière
des Ptolémées, meurt et les Romains saisissent
le contrôle.
Plus tard, l'Égypte tomba sous la règle arabe
lorsque l'empire sassanide fut renversé.

Premiers
pas de l'astrologie mésopotamienne
Au début, l'astrologie de la Mésopotamie ressemblait
beaucoup à celle des autres cultures, soit une simple
observation des cieux pour y déceler des signes qui
pourraient affecter le royaume. Ces signes étaient
souvent des phénomènes météorologiques
mêlés à de réels phénomènes
astronomiques. Les Mésopotamiens ont été différents
en ce sens qu'ils ont commencé tôt à faire
des observations systématiques de ces phénomènes
en vue de trouver des motifs réguliers dans les cieux
qui pourraient correspondre à des événements
humains.
Selon Van der Waerden (Science Awakening, Vol. II, Oxford
Univ.Press), les textes astronomiques les plus anciens connus
en Mésopotamie sont de la vieille période babylonienne,
soit à peu près de l'époque d'Hammourabi.
On ne sait pas si les Sumériens faisaient ou non des études
astronomiques, mais il semble plausible qu'ils en aient fait.
Certains textes pouvant remonter à environ 2300 avant
notre ère réfèrent également à la
période akkadienne. Voici un exemple de ces premiers
textes:
«
Si Vénus apparaît à l'est pendant le
mois d'Airu et que les Grands et les Petits Jumeaux l'entourent
tous les quatre et qu'elle est occultée, alors le
Roi d'Élam tombera malade et ne restera pas vivant.»
Les connaissances les plus complètes étaient
contenues dans une compilation qu'on appelait Enuma Any Enlil.
Elles ont été rassemblées à une
certaine époque au cours du second millénaire
avant notre ère. Une autre collection de signes constitue
une œuvre importante dont la date est extrêmement
controversée, les Tables de Vénus de Ammizaduga.
La collection consiste en observations systématiques
des phases de Vénus, combinées à leur
signification, les significations étant clairement
fondées sur des observations antérieures. La
croyance générale est que ces tables remontent
au règne de Ammizaduga, environ 146 ans après
Hammourabi. En se fondant sur l'astronomie, van der Waerden
attribue les années suivantes comme dates possibles
des observations, 1702, 1646,1638 et 1582 avant notre ère.
Une des raisons qui contribuent au débat entourant
ces dates dans certains cercles est que si elles s’avèrent
justes, Velikovsky s'est gravement trompé. Cette controverse
dépasse toutefois le cadre de cet article et nous
continuerons dans ce sens en présumant que les académiciens
orthodoxes ont au moins en partie raison. J'encourage tout
de même les lecteurs à traiter ces dates avec
beaucoup de prudence. Les Babyloniens eux-mêmes, tout
comme les Hindous modernes, s’attribuent et attribuent à leurs
observations un âge de centaines de milliers ou même
de millions d'années que nous, avec nos normes occidentales,
trouvons plutôt fantaisiste. Un tel âge ne survit
pas aux preuves académiques, mais nous devons garder
notre esprit un peu ouvert. Les académiciens sont
souvent limités par leur spécialité même,
avec le résultat qu'une discipline, telle l'astronomie
moderne, a souvent des influences importantes sur une autre
discipline, telle l'archéologie, par exemple. Rappelons
le travail de Gérald Hawkins sur Stonehenge. Il faut
d'abord que quelqu'un réunisse les deux disciplines.
Il est possible que cela se produise pour les études
mésopotamiennes et que notre compréhension
historique en soit complètement modifiée. Van
der Waerden a conclu que les tables de Vénus avaient été compilées
et préservées pour des raisons de religion
astrale, c’est-à-dire, les Mésopotamiens
croyaient que les étoiles et les planètes étaient
liées aux dieux ou étaient elles-mêmes
des déesses. Ishtar-Vénus était l'une
des divinités les plus importantes des populations
mésopotamiennes. Plusieurs autres anciens peuples
possédaient des notions similaires. Les Égyptiens
ont attribué la constellation d’Orion à Osiris.
Osiris était toutefois un dieu mort qui régnait
sur les enfers. Son ascension aux cieux a été très
similaire aux autres ascensions racontées dans la
mythologie classique. Les Mésopotamiens semblent avoir été les
seuls à attacher de l’importance aux étoiles
et aux planètes comme premiers indicateurs de la volonté divine
dans l’ici et maintenant. C'est là la raison
probable des études qui ont mené à l'astrologie.
Au cours des siècles suivants, les Mésopotamiens,
surtout les Babyloniens, ont continué d'observer les
phénomènes et d'en compiler des listes, et
sont arrivés au point où, en se fondant sur
leurs observations des cycles récurrents des planètes,
ils pouvaient estimer avec une précision raisonnable
la position des planètes pour n’importe quel
moment dans l’avenir. Les archives de Ptolémée
et la science moderne ne disputent pas le fait que des registres
d'éclipse précis et systématiques aient été conservés à partir
de 747 avant notre ère jusqu'au cours de la période
helléniste qui a suivi les conquêtes d'Alexandre
le Grand.
Le type de zodiaque utilisé par les Mésopotamiens
est une question intéressante qui suscite beaucoup
de controverse. Dans leurs premiers textes, ils ont tout
simplement enregistré les planètes comme étant à tant
de degrés d'une étoile.
"19 de la Lune aux Pléiades;
17 des Pléiades à Orion;
14 d'Orion à Sirius. . ."
Il s'agit là d'une observation sidérale factuelle,
mais ce n'est pas un zodiaque! Un zodiaque a besoin d'un
cadre de référence, d'un point sur le cercle à partir
duquel les mesures sont prises. De plus, un zodiaque possède
normalement un nombre fixe de divisions régulières,
tel les douze signes des zodiaques modernes, les 27 maisons
du zodiaque lunaire hindou, etc. Toutes ces premières
observations sont toutefois comme celle reproduite ci-haut
et utilisent des étoiles individuelles comme repères.
Van der Waerden soutient que l'évolution de l'astrologie
a traversé trois phases. La première consiste
en la tradition des signes que nous venons de décrire.
La deuxième s'approche beaucoup de la première,
mais possède un zodiaque moderne, soit 12 signes de
30 degrés. Il n'existe aucun horoscope personnel à cette époque,
mais on accorde beaucoup d'attention aux transits de Jupiter
au rythme d'environ un signe par année. De là vient
la pratique clairement chinoise d'attribuer chaque année à un
signe du zodiaque et, plus tard, probablement aussi le système
des profections annuelles en astrologie horoscopique. Bien
sûr, il n'y a aucune domification de quelque type que
ce soit. Van der Waerden croit que cette phase moyenne va
d’environ 630 à 450 avant notre ère. À cette époque,
le zodiaque est clairement sidéral et son ayanamsha
est au moins proche de la valeur attribuée par Fagan-Allen.
La troisième phase est l'astrologie horoscopique.
Diverses sources anciennes mentionnent les Chaldéens,
qui ont fait la carte du ciel de plusieurs personnes, dont
Diogène Laertius, qui a dit, selon Aristote, qu’un
Chaldéen a prédit la mort de Socrate à partir
de sa carte du ciel et que le père d'Euripide a également
fait faire la carte du ciel de son fils et a reçu
une prédiction de son brillant avenir. La référence
aux Chaldéens est bien sûr une référence
aux astrologues et démontre clairement que, pendant
cette période, cet art était complètement
associé aux derniers Babyloniens, soit les Chaldéens.
On a trouvé plusieurs cartes du ciel écrites
en cunéiformes. La plupart remontent à l'ère
helléniste, mais la plus vieille a été datée
par A. Sachs et remonterait au 29 avril 410 avant notre ère.
Voici la traduction qu'en offre Fagan:
"1 Mois (?) Nisan (?) nuit (?)du
(?)le (?) 14e (?). . .
2 le fils de Shuma-usur, fils de Shumaiddina, descendant
de Deke est né
3 à l'heure où la Lune était sous la "Corne" du
Scorpion
4 Jupiter en Poissons, Vénus
5 en Taureau, Saturne en Cancer
6 Mars en Gémeaux, Mercure qui s'était couché (pour
la dernière fois) était (encore) in(visible).
7 . . . etc., etc."
Comme le lecteur peut le constater, il s'agit d'une carte
très sommaire qui ne donne que la position par signe
et n'offre aucune délimitation. Les autres cartes
en cunéiformes, quoique beaucoup plus tardives, sont
presque aussi laconiques, malgré que les positions
sont données avec beaucoup plus de précision.
Comme Cyril Fagan le fait remarquer avec justesse, les positions
dans les cartes correspondent mieux à celles du zodiaque
sidéral en utilisant l'ayanamsha de Fagan-Allen plutôt
que les positions tropicales.
Avons-nous toutefois à cette époque quelque
chose qui ressemble à l'astrologie horoscopique complexe
de la période helléniste? Non, pas du tout.
Bien que les historiens académiques n'aient pas découvert
beaucoup d'informations concrètes sur l'évolution
de l'astrologie après les premières cartes
babyloniennes, de nombreuses sources indiquent l'origine
de ces premiers textes. Plusieurs de ces vieux textes existent
en grec. Selon ces textes, la naissance de l'astrologie telle
que nous la connaissons est survenue en Égypte.
Cyril Fagan n’en aurait pas été surpris.
Il a été presque le seul à croire que
l’Égypte avait été le berceau
de l'astrologie horoscopique. Le problème de sa théorie,
toutefois, est qu’il croyait que l'astrologie horoscopique
provenait de l'Égypte des pharaons. Il y a très
peu de preuves à cet égard, mises à part
les interprétations plutôt suspectes de Fagan
de ces preuves. C'est une Égypte ultérieure
qui a donné naissance à l'astrologie horoscopique,
une Égypte qui s'était beaucoup rapprochée
des idées des Babyloniens.
L'Égypte pharaonique s'intéressait beaucoup à l'astronomie.
Les signes sont trop nombreux pour être mentionnés.
Il s’agissait toutefois d’une sorte d’astronomie
qui tenait compte des étoiles plutôt que des
planètes. Les Égyptiens avaient maîtrisé l’art
d’orienter leurs édifices, leurs temples et,
en particulier, leurs pyramides aux étoiles fixes,
semble-t-il dans le but de créer une symétrie
entre les structures terrestres et les étoiles auxquelles
elles étaient associées. Ils avaient l’habileté de
mesurer et d’aligner les édifices aux étoiles
avec une précision étonnante, souvent à quelques
minutes d’arc de l’alignement parfait. Ils ne
semblaient pas cependant avoir quelque théorie planétaire
que ce soit, ni ne possédaient-ils les bonnes techniques
mathématiques.
Les Mésopotamiens ont hérité du système
numérique sexagésimal des Sumériens,
un système de numérotation positionnelle, tout
comme notre système décimal moderne, et qui
possède des fractions sexagésimales d’un
type très semblable à nos fractions décimales.
Ce système a permis aux Mésopotamiens de faire
des calculs complexes qui auraient été difficiles
avec tout autre système ancien de notation numérique.
Les autres peuples anciens ont rendu au système de
notation mésopotamien le plus grand des hommages:
Ils l’ont utilisé pour procéder à leurs
propres calculs. Les Égyptiens n’avaient rien
de semblable, mais ils éprouvaient un grand besoin
de synchroniser les événements terrestres aux
cieux.
L’élément clé de la fusion des
idées égyptiennes et de l’astronomie
babylonienne est lié à un ou deux événements
historiques (ou les deux), soit la conquête de l’Égypte
par la Perse et la conquête de la Perse et de l’Égypte
par Alexandre le Grand. Au cours de ces deux époques,
l’Égypte a été soumise au même
régime que les Babyloniens. Dans le cas de l’empire
perse, les Perses eux-mêmes sont devenus d’ardents
pratiquants de l’astrologie, ce qui a sans doute contribué à la
diffusion des idées astrologiques en Égypte.
Si vous analysiez les textes contenus dans le volume des
Sages, vous découvririez une chose qui n’est
pas du tout évidente dans les textes historiques qui
traitent de l’astrologie. Les anciens savaient pertinemment
que l’astrologie avait quelque chose à voir
avec Babylone (après tout, ils appelaient les astrologues
les Chaldéens), mais sa provenance a été attribuée
aux Égyptiens. Les académiciens ont habituellement
tendance à croire qu’il ne s’agissait
que d’une mode parmi les anciens auteurs, sans base
historique réelle. De fait, les anciens auteurs ont
souvent attribué l’astrologie à des personnes
qui remontaient aux pharaons, tels Nechepso et Petosiris.
Néanmoins,
il n’y a aucune raison de présumer
que les anciens se trompaient en disant que l’Égypte était
la première source de l’astrologie horoscopique,
cela s’est simplement produit plus tard qu’ils
ne le croyaient.
Qu’est-ce que les Égyptiens ont ajouté à l’astrologie
babylonienne? Nous ne le savons pas avec certitude, mais
des preuves internes indiquent ce qui suit: L’utilisation
d’un degré ascendant peut ou non avoir été trouvée
dans l’astrologie babylonienne pré-helléniste.
Toutefois, les auteurs hellénistes attribuent à Hermès
l’utilisation des maisons ou des signes utilisés
comme maisons. Par Hermès, il faut entendre une référence
aux sources égyptiennes hellénistes. Il est
probable que les aspects sont également égyptiens,
mais nous ne pouvons en être sûrs. Les parts
sont presque certainement égyptiennes, de même
que la plupart des systèmes de maîtrise. Seules
les exaltations ont une origine clairement mésopotamienne.
De toute façon, il est très probable que tout
l’appareil de l’astrologie horoscopique était
en place dès l’an 1 E.C., peut-être même
plusieurs siècles auparavant. Entre autres choses,
nous avons découvert de nos études des auteurs
grecs ultérieurs qu’ils traitaient déjà avec
une astrologie d’une ère plus tardive. Ils avaient
leurs "anciens" et avaient déjà commencé à ne
plus comprendre certains des anciens enseignements. Un de
ces auteurs, Vettius Valens, a voyagé à travers
l’Égypte à la recherche des maîtres
des vieilles doctrines, tout comme les Américains
modernes sont allés en Inde pour étudier l’astrologie
et d’autres doctrines sacrées. Bien que la plupart
des auteurs grecs semblent avoir étudié à partir
de livres, Valens a étudié avec au moins quelques-uns
des professeurs vivants de ces vieilles doctrines. Il ressort
clairement de son travail que sans Valens, une grande partie
de cet enseignement n’aurait jamais été écrite.

Ce
qui s’est passé par la suite
Quelle qu’ait été la langue de l’astrologie égyptienne
au début de son existence, elle était grecque
dès l’an 1 E.C. Cela ne signifie pas qu’il
n’y ait pas eu de textes astrologiques écrits
en copte, la dernière langue de l’Égypte
ancienne, mais il n’existe aucune référence
précise indiquant que ces textes ont survécu.
Tous les textes égyptiens auxquels il est fait référence
dans les textes ultérieurs semblent avoir été écrits
en grec. Certains d’entre eux peuvent avoir été traduits
du copte.
L’utilisation de la langue grecque a eu des conséquences
importantes. Bien que l’empire perse ait été un
empire cosmopolite présentant un niveau considérable
d’égalité entre les races qui le composaient,
aucune langue ne prédominait. Le persan était
sans doute utilisé à des fins officielles,
mais le babylonien et l’égyptien ont été préférés
au persan dans certains domaines. Toutefois, quand Alexandre
le Grand a conquis toute la Perse et l’Égypte
et s’est avancé jusqu’au nord-ouest de
l’Inde, le grec est devenu la langue dominante non
seulement pour les affaires officielles, mais aussi pour
toute la communication entre les zones ethniques. Les langues
originales ont continué d’être utilisées à des
fins locales, telles l’araméen (qui a complètement
supplanté le babylonien) et le copte. Toutefois, un
scientifique ou un voyageur pouvait aller partout de la Grèce à l’ouest
de l’inde dans l’est, aussi loin que l’Égypte
au sud, et se faire comprendre. Toute idée exprimée
en grec pouvait jouir d’une portée de diffusion
similaire.
Même après la résurgence perse commencée
par les Parthes et continuée par les Sassanides (voir
la chronologie présentée ci-haut), les peuples
bactriens de la région qui est maintenant l’Afghanistan
et le Pakistan ont continué d’avoir des gouverneurs
parlant grec jusqu’aux premiers siècles de notre ère.
Ainsi, les méthodes babyloniennes incarnées
dans l’astrologie égyptienne, de même
que les méthodes égyptiennes elles-mêmes,
pouvaient se répandre en Inde sans problème.
Ceci explique le fait que tous les mots techniques de l’astrologie
indienne dont les origines peuvent être retracées à une
autre langue sont grecs, pas babyloniens, pas coptes, pas
en égyptien ancien. Il est tout aussi intéressant
de constater qu’il semble y avoir peu de mots techniques
(s’il en est) dans l‘astrologie grecque dont
l’origine remonte à une autre langue.
Voici une liste partielle de certains mots de l’astrologie
hindoue qui semblent avoir une origine grecque:

Tableau 1. Signes du zodiaque
| Sanskrit |
Greek |
Français |
|
Sanskrit |
Greek |
Français |
|
| Kriya |
Krios |
Bélier |
 |
Juka |
Zugos |
Balance |
| Tavura |
Taurus |
Taureau |
Kaurpi |
Skorpios |
Scorpion |
| Jituma |
Didumoi |
Gémeau |
Taukshika |
Toxotes |
Sagittaire |
| Kulira |
Karkinos |
Cancer |
Akokera |
Aigokeres |
Capricorne |
| Leya |
Leon |
Lion |
Hridroga |
Hudrochoos |
Verseau |
| Pathona |
Parthenos |
Vierge |
Chettha |
Ichthues |
Poissons |
Tableau 2. Planètes
| Sanskrit |
Greek |
Français |
|
Sanskrit |
Greek |
Français |
|
| Hermnan |
Hermes |
Mercure |
 |
Ara |
Ares |
Mars |
| Asphujit |
Aphrodite |
Vénus |
Jeeva |
Zeus |
Jupiter |
| Heli |
Helios |
Soleil |
Kona |
Kronos |
Saturne |
Tous ces mots avaient des équivalents sanscrits qui
ont probablement précédé l’arrivée
des mots ci-dessus en Inde et qui ont peu à peu entièrement
remplacé ces mots d’origine grecque. Les mots
suivants n’ont pas de racines sanscrites antérieures
et semblent venir entièrement du grec. Ces mots demeurent
des mots astrologiques courants en Inde à ce jour.
Tableau 3. Lexique des maisons et des
aspects
| Sanskrit |
Greek |
Français |
|
Sanskrit |
Greek |
Français |
|
| Hora |
Hora |
Heure |
 |
Kendra |
Kentron |
Angle |
| Liptaka |
Lepta |
Minute |
Panaphara |
Epanaphora |
Succédent |
| Hiptaka |
Hupogeion |
Imum Coeli |
Apoklima |
Apoklima |
Cadent |
| Jamitra |
Diametros |
Diamètre |
Drekana |
Dekanos |
Décan |
| Mesurana |
Mesoura-nema |
Milieu du ciel |
Sunapha |
Sunaphe |
Appliquant |
| Menyaiva |
Meniaios |
Pas d’équi- valence |
Anaphara |
Anaphora |
Séparant |
| Trikona |
Trigonon |
Trigone |
Dauradhura |
Doruphoria |
Doryphorie |
| Dyuna |
Dunon |
Couchant |
Kemadruma |
Kenodromia |
[hors parcours] |
Comme le titre du Tableau 3 l’indique, il s’agit
là de tous les noms de maison et d’aspects,
ce qui démontre que l’astrologie helléniste
a eu une grande influence sur cette partie de l’astrologie
hindoue. La question de la dette de l’astrologie hindoue
envers l’astrologie helléniste soulève
une très vive controverse. Plusieurs auteurs de l’école
hindoue aimeraient nier l’existence d’une telle
dette. Cette position est un peu difficile à soutenir
compte tenu de ce qui précède et compte tenu
des références très fréquentes
aux "Yavanas", qui étaient les Grecs ou,
plus précisément, des Grecs de diverses origines
ethniques.
D’un autre côté, les Occidentaux, dont
cet auteur ne fait pas partie, croient que l’astrologie
hindoue provient entièrement de l’Ouest (ou
plus précisément du Moyen-Orient). David Pingree,
dans son étude du Yavanajataka, procède à un
catalogage très complet des parallèles entre
l’astrologie de cette école et de l’école
des Grecs, et il est lui-même obligé d’admettre
qu’il y a de nombreuses différences. Toutefois,
de telles différences ne signifient pas qu’il
y a deux origines différentes. Il ne faut qu’une
période d’isolement entre deux branches d’une
tradition après une période antérieure
d’unité, pour que les deux branches divergent
et que l’une, l’orientale, se fusionne à des
traditions indigènes déjà en place.
Bien que nous n’insistions pas pour dire que l’astrologie
hindoue est entièrement ou même principalement
une branche de l’astrologie helléniste, nous
devons admettre qu’il y a eu une période d’isolement
qui aurait pu causer une division au sein d’une tradition
unique.
Après 126 avant notre ère, les Parthes, un
peuple persan, se sont soulevés contre les Séleucides
qui avaient succédé à Alexandre le Grand
et ont reconquis la plus grande partie du vieil empire perse, à l’exception
de la portion près de la Méditerranée
et de celle du nord-ouest de l’inde. Les Parthes nourrissaient
une grande hostilité envers les Grecs (et plus tard
envers les Romains) et ils ont entièrement coupé la
communication (ou à tout le moins l’ont réduite à un
minimum) entre la plupart des peuples hellénistes
vers l’ouest et les Grecs Bactriens en Afghanistan
et au Pakistan, qui, à leur tour, ont conservé le
pouvoir jusqu’aux premiers siècles de notre ère.
Les Grecs Bactriens se sont convertis à l’hindouisme
et leur langue a disparu. Toutefois, à compter d’environ
200 E.C., ils formaient encore un groupe identifiable. Ce
sont les Yavanas de la Yavanajataka.
Plus tard encore, l’historien Kay cite des archives
hindoues des 4e et 5e siècles E.C. traitant du nouveau
culte pour un dieu solaire en provenance de l’Ouest.
Comme la Chrétienté a fait disparaître
le culte de Sol Invictus, le Soleil Invaincu, il est tentant
de postuler que l’astrologie hindoue a reçu
une deuxième vague de données d’un nouveau
groupe de Yavanas qui fuyaient les persécutions chrétiennes
de l’Ouest.
Le cœur du problème est de départager
l’apport de l’astrologie hindoue de celui de
l’Ouest. En dehors des quelques suggestions présentées
ici, je ne tenterai pas d’y répondre. De toute
façon, il est très clair que, quelle que soit
la contribution de l’Ouest aux Hindous, ces derniers
ne l’ont pas simplement acceptée et appliquée
passivement. Ils ont changé, modifié, et peut-être
même amélioré ce qu’ils ont reçu
de l’Ouest et l’ont incorporé à leurs
propres traditions.
Il y a eu une autre conséquence à la séparation
des Parthes. Les peuples perses avaient toujours été d’ardents
astrologues. Il semble logique de conclure qu’ils doivent
avoir élaboré leurs propres traditions astrologiques
de celles héritées des Mésopotamiens
et des Grecs. Ensuite, en 27 E.C., ils ont été renversés
par les Perses sassanides qui auraient continué l’élaboration
des traditions astrologiques perses. Malheureusement, à l’arrivé des
Arabes, presque toute la littérature des Sassanides
zoroastriens a été détruite, y compris
leurs travaux astrologiques. Toutefois, nous disposons d’un
gros indice sur l’état de leur astrologie. La
plupart des plus grands astrologues de l’ère
arabe étaient Perses! De plus, l’astrologie
qu’ils enseignaient était très différente
de celle des Hindous et des Grecs. Elle avait des orbes d’aspects,
les grands cycles de Jupiter et de Saturne, tous les systèmes
complexes d’interaction planétaire tels que
la réfranation, la frustration, l’abscission,
la translation de lumière, etc. Bien que l’astrologie
de l’ère arabe doive manifestement une dette
importante à l’astrologie helléniste,
il est également évident que pendant les deux
ou trois siècles écoulés entre les derniers
astrologues hellénistes connus et les premiers astrologues
de l’ère arabe, il s’est produit quelque
chose de nouveau. Il pourrait s’agir, et il s’agit
probablement, du volet astrologique persan. De plus, l’astrologie
de l’ère arabe est l’ancêtre direct
de l’astrologie occidentale d’aujourd’hui.
Notre astrologie pourrait bien être le successeur de
ce troisième volet des anciennes astrologies.

Dernière
remarque sur les zodiaques
Plus haut dans cet article, nous avons dit
que les premières cartes du ciel babyloniennes avaient
un zodiaque sidéral (consulter notre article On
the Invariance of the Tropical Zodiac). De plus, les astrologues
hindous utilisaient traditionnellement l’un ou l’autre
des zodiaques sidéraux. Cette question est aussi controversée
que celle de la dette – ou de son absence – de
l’astrologie hindoue envers l’astrologie du Moyen-Orient.
Nous manquons toutefois d’espace dans cet article pour
en discuter plus longuement. Dans nos écrits antérieurs
(consulter le Project
Hindsight), nous avons dit que le zodiaque
ne semble pas avoir été d’une grande
importance aux anciens peuples. Nous sommes toujours du même
avis. Toutefois, dans une future dissertation introductive,
nous examinerons cette question en profondeur. Pour l’instant,
contentons-nous de dire que le sujet est loin d’être
clos en faveur d’un zodiaque ou d’un autre.
Traduit par
Ghislaine Delorme, trad.a., Montréal,
Canada
Avec la gracieuse collaboration technique de Axel Harvey,
Montréal, Canada